Faire un bilan NeuroPsychologique sur une plainte cognitive consécutive à la COVID-19 : mode d’emploi



Des symptomatologies neurologiques et cognitives de la COVID-19 sont rapportées dans de nombreuses publications. Les plaintes concernent essentiellement le système attentionnel / exécutif et mnésique. Faut-il faire un bilan et si oui, que faut-il rechercher ? Nous ne parlerons ici que des troubles liés à des atteintes modérées liées à la COVID-19 et non des troubles neurologiques liés à d’autres atteintes consécutives, concomitantes ou pré-existantes (hypoxie sévère, AVC, etc.).

Faut-il faire un bilan ?

Pas forcément ! Après une maladie l’organisme met un peu de temps à se rétablir et les difficultés à se « concentrer » sont attendues dans ce contexte. Elles se résorbent toutes seules dans la majorité des cas dans le mois qui suivent la maladie. L’anxiété et le contexte social anxiogène autour du virus de la COVID-19 peuvent être à l’origine d’une majoration de la plainte. Si la plainte semble liée à un contexte anxieux (sans avoir attendu un délai suffisant après la maladie) et sans argument pour craindre une atteinte persistante, il est souhaitable de simplement rassurer le patient.

Oui s’il y a une demande médicale, une plainte persistante, une crainte d’une atteinte neurologique ; des co-morbidités qui fragilisent les fonctions cognitives...

Que dit la littérature scientifique sur le sujet ?



De plus en plus de complications neurologiques centrales et psychiatriques de la COVID-19 sont rapportées dans de nombreuses publications scientifiques (Romagnolo et al., 2020 ; Taquet et al., 2021), généralement en association avec des dysfonctionnements cognitifs. Au niveau cérébral, des encéphalopathies, des méningites, des Accidents Vasculaires Cérébraux et même un risque accru de démences sont fréquemment retrouvés (Helms et al. 2020 ; Moriguchi et al., 2020 ; Oxley et al., 2020 ; Reichard et al., 2020; Taquet et al., 2021). Sur le plan psychiatrique, l’étude de Taquet et al. (2021) sur une cohorte de 236 279 patients diagnostiqués positif au COVID-19 et comparés à deux cohortes contrôles de patients ayant présenté une atteinte respiratoire va dans le sens d’une augmentation des risques de troubles psychotiques dans la cohorte COVID-19 à 6 mois. Les auteurs suggèrent que ces séquelles psychiatriques et ces atteintes neurologiques perdureraient bien au-delà de 6 mois (Taquet et al., 2021), et ne se limiteraient pas aux patients ayant été hospitalisés. Plusieurs mécanismes pourraient expliquer ces observations, notamment au niveau neurologique. En ce sens, une étude récente (Song et al., 2020) montre l’infection neuronale directe par la COVID-19.

Sur le plan cognitif, les complications post-COVID-19 sont à ce jour encore mal connues. Une méta-analyse récente corrèle les manifestations cliniques actuelles avec d'éventuelles conséquences neurologiques futures (Mahalakshmi et al. 2020), alertant ainsi le corps médical sur les conséquences potentielles du COVID-19. D’autres études rapportent également des altérations mnésiques, attentionnelles et de concentration chez les sujets guéris du COVID-19 (Almeria et al., 2020 ; Song et al., 2020 ; Woo et al., 2020). L’hippocampe, structure sous-corticale cruciale dans le fonctionnement mnésique semble aussi être vulnérable au COVID-19 (Ritchie et al., 2020).

Le ralentissement de la vitesse de traitement de l’information est un des symptômes caractéristiques des profils sous-cortico-frontaux qui sont les plus fréquemment associés aux atteintes neuro-virales telles que la COVID-19 ou le neuro-VIH. Qu’il soit lié au tropisme cérébral du virus, à la réponse inflammatoire locale qu’il suscite ou à un mélange des deux, le ralentissement idéo-moteur est un symptôme très fréquent et précoce au cours de ces atteintes sous-cortico-frontales. Par son impact sur le traitement de l’information, il joue un rôle prééminent dans les difficultés rencontrées par les patients dans leur vie quotidienne. Il est lié à l’atteinte neuropathologique et constitue donc un excellent marqueur des déficits sous-corticaux (Suarez et al.,2001). C’est également l’un des symptômes les plus sensibles aux ajustements thérapeutiques.

En dehors des manifestations organiques habituelles liées à l’infection en phase aiguë, l’une des préoccupations actuelles réside dans la description des manifestations post-virales neurocognitives résiduelles. Cette question de la persistance de troubles cognitifs résiduels faisant actuellement l’objet de recherches, nous ne disposons pour le moment pas de réponses sur leur origine et leur description, mais nous pouvons faire des hypothèses. Ces troubles cognitifs à distance de la phase aiguë sont probablement liés à des mécanismes variés : dépression, anxiété, troubles du sommeil, état de stress post-traumatique ; retentissement cérébral de l’inflammation générale de la phase aiguë de la COVID-19, syndrome post-viral comme cela a été décrit notamment dans la poliomyélite, la grippe ou dans certaines infections (CMV, EBV, …), mises en cause dans le spectre du syndrome de fatigue chronique, impact d’atteintes secondaires (anoxie, traitements), etc.. Un article récent parle d’hypo-métabolisme affectant le bulbe olfactif, régions limbiques, tronc cérébral, cervelet (Guedj et al., 2021), .

Dans ces situations, le bilan doit s’attacher à interroger à la fois un éventuel impact émotionnel, l’impact de co-morbidités, et rechercher les éléments cognitifs habituellement rencontrés dans les atteintes sous-cortico-frontales. Et vu les hypothèses concernant le tronc cérébral et le système limbique, l'anamnèse devrait aussi rechercher une éventuelle modification de la vigilance et des variation de l'humeur.

Nb. Dans les formes respiratoires graves ayant nécessité une prise en charge critique prolongée, les troubles neurocognitifs semblent être directement la conséquence de l’hypoxie et/ou des drogues utilisées pour franchir le cap difficile de la survie (Heureusement ces formes ne constituent qu’un relativement faible pourcentage des personnes infectées); dans ce cas le bilan va dépendre de la situation de chacun.

Que rechercher ?

- Des atteintes sous-cortico-frontales mineures à modérées (les atteintes sévères vont se retrouver dans des cas particuliers d’atteintes neurologiques consécutives ou pré-existantes).
- Troubles de l'humeur : Dépression, Anxiété, Troubles du sommeil, Syndrome de stress post traumatique (SPT), colères
- Fatigue, modification de la vigilance

Il serait donc pertinent d’explorer :
- L ’état psychologique
- La plainte cognitive
- Les difficultés en vie quotidienne
- Le ralentissement psychomoteur
- Les troubles attentionnels (Fonction d’alerte/vigilance et fonction d’orientation/attention sélective)
- Le contrôle exécutif avec flexibilité et contrôle inhibiteur
- La mémoire de travail
- Dans le cas d’anoxie, les troubles mnésiques en regardant la différence avec le rappel indicé. En effet, dans le cas des atteintes sous-cortico-frontales, une difficulté de rappel sans atteinte de l’encodage est attendue : le sujet est capable de récupérer l’information à l’aide d’un indice. En revanche, dans le cas d’une atteinte hippocampique (comme cela peut être le cas avec une anoxie prolongée), l’encodage est atteint et le rappel indicé ne permet donc pas la récupération de l’information.

Quels tests et questionnaires ?


Les outils utilisés, que ce soient des questionnaires ou des tests doivent être sensibles : c’est-à-dire capables de caractériser des troubles modérés, voir mineurs, des sphères attentionnelles, exécutives, mnésiques et psychologiques (anxiété, dépression). Il apparait nécessaire de mesurer la vitesse psychomotrice qui est le meilleur indice de l’état neuropathologique, et si possible distinguer la mesure de la vitesse perceptivo-motrice de celle des fonctions attentionnelles/exécutives.

Chez l’adulte, je conseillerais :

- Questionnaire de Plainte cognitive (comme vous recherchez une plainte plutôt attentionnelle et de ralentissement, regardez plutôt du côté des questionnaires utilisés dans le VIH, comme celui-ci (la traduction est en annexe 1).

- Auto-questionnaire d’Anxiété-Dépression HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale).

- Sommeil : Indice de Sévérité de L’insomnie (ISI ; Morin, 1993 ; Bastien 2011) ou consultez le dossier de la HAS ici

- Mesurez la vitesse motrice !

- Finger Tapping Test ou Grooved Pegboard Test (GPT) (voir International HIV Dementia Scale de Sackto et al. 2005).

- Séquence gestuelle de Luria (voir International HIV Dementia Scale de Sackto et al. 2005).

- ± Mémoire (selon la plainte) : Utilisez une liste assez longue pour avoir de sensibilité sur une plainte modérée et un test qui permette de différencier un trouble de l’encodage de difficultés d’évocation (avec le rappel indicé). Ex. Grober et Buschke.

- Attention/fonctions Exécutives :

Épreuves papiers Crayon

o Trail Making Test et Stroop (mais ils ne sont pas très sensibles aux atteintes légères, il vaut mieux avoir aussi un Go/NoGo avec une mesure sur ordinateur plus fine, comme dans la TAP ou le MindPulse).

o Mémoire de travail : Empan digital direct et inversé

o D2R (à déconseiller pour les personnes avec dyslexie/dysorthographie, attention aux effets culturels...)

o Fluence Verbale (attention, l’âge ou le niveau socio-culturel influencent beaucoup les performances)


-Tests sur Informatique :

o La TAP, en particulier ces 3 sub-tests : TAP (Test of Alert Performance): alerte phasique.; TAP : (Go/NoGo) ; TAP: Attention divisée/double tâche.

o Le MindPulse ! (En plus vous pouvez le télécharger simplement et avez 3 passations offertes).


Exemple de Bilan :

Questionnaire de plainte cognitive de Simioni.
HADS
Sommeil (Indice de Sévérité de L’insomnie (ISI ; Morin, 1993)
Finger Tapping Test
Stroop
Fluence verbale
MindPulse
MDT. Empan digital direct et inversé



Pourquoi utiliser le MindPulse ?

J’ai conçu le MindPulse (ce n’est donc pas un avis impartial) il semble néanmoins particulièrement indiqué, avec des arguments solides : Il a été conçu pour détecter les atteintes sous-cortico-frontales modérées du VIH (une autre atteinte virale donnant des encéphalopathies) et le mécanisme des troubles cognitifs semble similaire à ceux de la COVID-19.

Le but était de créer un nouvel outil, beaucoup plus performant, permettant de dépister le ralentissement psychomoteur à un stade précoce et de pouvoir en extraire les parts perceptivo-motrices des parts liées à la vitesse exécutive et à la réaction à la difficulté dans un modèle

des fonctions attentionnelles et exécutives répondant aux paradigmes récents (notamment le modèle de Posner) (Suarez et al. 2019). Un autre objectif était aussi de créer un outil qui ne soit pas lié à la culture des personnes (pour être aussi utilisable par les pays du Sud) et qui soit répétable (permettant de monitorer un traitement, un suivi)…

C’est pour toutes ces raisons que 3 unités de recherches sont en train d’essayer de lancer un protocole de recherche sur les troubles cognitifs de la COVID-19 en utilisant le MindPulse… Et en tant que cliniciens vous pouvez télécharger le MindPulse et avez droit à minimum 3 essais offerts sans aucune obligation donc ça vaut le coup d’essayer ! Cf ici

Cerise sur le gâteau, le MindPulse est faisable à distance, lors d’une téléconsultation par exemple, donc vous pourrez suivre l’évolution cognitive de vos patients !